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domingo, 14 de março de 2010

 
Au Commencement (IV)



J'aimerais éviter que l'idée des îles évoquée lors de notre dernière rencontre te conduise vers une fausse piste. J'avais dit que l'on jouerait non seulement sur la scène de la Bastille mais aussi sur tous les autres plateaux, même sur ceux où, normalement, on entrepose les décors. Il s'agit donc non d'une scène mais d'un paysage qui déborde des deux côtés, y compris là où une partie des spectateurs ne peuvent rien voir. Nous jouerons aussi dans le fond de scène, près des ateliers. Il y aura ainsi des îles avec différentes actions, par exemple des femmes trieuses de décombres qui séparent les pierres à la pioche. À d'autres endroits ou fera couler de l'eau autour des lits de plomb (mythe de Lilith), ou encore des jarres exploseront, que la récitante tentera de reconstituer (Shevirath Ha-kelim) et bien d'autres choses... Voilà. J'imagine que cela te passionnera d'inventer une musique pour chacune de ces îles. Et, d'après ce que j'ai pu écouter de toi, tu y réussiras parfaitement, avec la richesse musicale dont tu disposes.
Tu ne devrais pas jouer les îles, mais être le courant qui les relie.
Il y a un passage dans Les Métamorphoses où Ovide évoque l'idée que tout se transforme, rien ne disparaît. L'esprit vagabonde, il part de là et arrive ici et, d'ici, il retourne là-bas... Tout est flux, et chaque tableau prend forme tandis qu'il passe et disparaît. Oui, même les temps s'éloignent en glissant comme dans un mouvement perpétuel. Rien d'autre qu'un courant. Car ni le fleuve ni l'heure éphémère ne s'arrêtent. Les temps s'enfuient comme la vague poussée par une autre vague qui, en surgissant, semble poussée par la précédente, qu'elle refoule en un même mouvement... Je crois que, chez Ovide, ce passage exprime précisément ce à quoi je pense ici. Il y a déjà quelque chose de cela dans tes "Piècs libres pour ensemble" et surtout dans les morceaux 6 et 10 et au début du onzième. Il y a aussi exactement cette chose à laquelle je pense dans les trois premières minutes de "Labyrinthe".
La musique arrive, elle circule, s'éloigne. Elle arrive de loin, d'ailleurs. Elle semble avoir déjà commencé bien avant que les spectateurs se soient rassemblés dans la Bastille. Elle tourne autour des tours, se pose et s'interrompt. Elle faiblit et retourne au commencement... Elle reste en suspens, s'interrompt, comme étonnée. Je pense aux premières tentatives de vol des frères Wright, à ces quelques mètres seulement avant que leur engin retombe sur la terre ferme. Ou bien je pense au troglodyte, un oiseau qui ne peut pas voler très haut et qui se faufile dans les trous de souris ou les crevasses du sol. Son père, Triptolème, est l'inventeur de la charrue. Saint Molin, d'Irlande, bannit tous les troglodytes parce que l'un d'entre eux avait gobé sa mouche favorite, celle qui lui faisait de la musique. Je raconte cela parce que ce serait merveilleux d'avoir un orchestre de 100 musiciens cherchant à pénètrer le secret de la musique d'une seule mouche.
Je pense qu'il y aura une chute de plomb au début. Tu n'as encore jamais vu cela, mais j'ai déjà fait des tests lors des derniers essais de construction: le plomb tombe du ciel avec fracas, puis commence une musique qui était là depuis longtemps, comme le vent qui souffle dans diverses directions.
On peut lire dans les textes qu'il existe des vents justes et des vents mauvais. Les maladies viennent des vents qui pénètrent les 84000 orifices du corps, ce sont les points d'acupuncture. Le vent, disait-on, sortait de la gueule des serpents. Les chamans portaient des serpents enroulés autour d'eux pour que, d'un souffle, ils les envoient dans un autre monde.
On dit de Confucius qu'il savait d'où soufflait le vent. Si nous nous l'ignorons, la musique échoue.

Anselm


Excerto da carta de Anselm Kiefer a Jörg Widmann, Janeiro de 2009, traduzido do alemão por Catherine Métais in Au Commencement.




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