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terça-feira, 2 de março de 2010

 
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L'ethnologie a toujours affaire à au moins deux espaces: celui du lieu qu'elle étudie (un village, une entreprise) et celui, plus vaste, où ce lieu s'inscrit et d'où s'exercent des influences et des contraintes qui ne sont pas sans effet sur le jeu interne des relations locales (l'ethnie, le royaume, l'Etat). L'ethnologue est ainsi condamné au strabisme méthodologique: il ne doit perdre de vue ni le lieu immédiat de son observation ni les frontières pertinentes de ses marches extérieures.
Dans la situation de surmodernité, une partie de cet extérieur est faite de non-lieux et une partie de ces non-lieux d'images. La fréquentation des non-lieux, aujourd'hui, est l'occasion d'une expérience sans véritable précédent historique d'individualité solitaire et de médiation non humaine (il suffit d'une affiche ou d'un écran) entre l'individu et la puissance publique.
L'ethnologue des sociétés contemporaines retrouve donc la présence individuelle dans l'univers englobant où il était traditionnellement habitué à repérer les déterminants généraux qui donnaient sens aux configurations particulières ou aux accidents singuliers.
Ne voir dans ce jeu d'images qu'une illusion (une forme post-moderne d'aliénation) serait une erreur. L'analyse de ses déterminations n'a jamais épuisé la réalité d'un phénomène. Ce qui est significatif dans l'expérience du non-lieu, c'est sa force d'attraction, inversement proportionnelle à l'attraction territoriale, aux pesanteurs du lieu et de la tradition. La ruée des automobilistes sur la route du week-end ou des vacances, les difficultés des aiguilleurs du ciel à maîtriser l'encombrement des voies aériennes, le succès des nouvelles formes de distribution en témoignent à l'évidence. Mais aussi des phénomènes qu'en première apparence on pourrait imputer au souci de défendre les valeurs territoriales ou de retrouver les identités patrimoniales. Si les immigrés inquiètent si fort (et souvent si abstraitement) les gens installés, c'est peut-être d'abord parce qu'ils leur démontrent la relativité des certitudes inscrites dans le sol: c'est l'émigré qui les inquiète et les fascine à la fois dans le personnage de l'immigré. Si nous sommes bien obligés, au spectacle de l'Europe contemporaine, d'évoquer le "retour" des nationalismes, peut-être devrions-nous porter attention à tout ce qui dans ce "retour" participe d'abord du rejet de l'ordre collectif: le modèle identitaire national est évidemment disponible pour donner forme à ce rejet, mais c'est l'image individuelle (l'image du libre parcours individuel) qui lui donne sens et l'anime aujourd'hui comme elle peut l'affaiblir demain.
Dans ses modalités modestes comme dans ses expressions luxueuses, l'expérience du non-lieu (indissociable d'une perception plus ou moins claire de l'accélération de l'histoire et du rétrécissement de la planète) est aujourd'hui une composante essentielle de toute existence sociale. D'où le caractère très particulier et au total paradoxal de ce que l'on considère parfois en Occident comme la mode du repli sur soi, du "cocooning": jamais les histoires individuelles (du fait de leur nécessaire rapport à l'espace, à l'image et à la consommation) n'ont été aussi prises dans l'histoire générale, dans l'histoire tout court. A partir de là, toutes les attitudes individuelles sont concevables: la fuite (chez soi, ailleurs), la peur (de soi, des autres), mais aussi l'intensité de l'expérience (la performance) ou la révolte (contre les valeurs établies). Il n'y a plus d'analyse sociale qui puisse faire l'économie des individus, ni d'analyse des individus qui puisse ignorer les espaces par où ils transitent.


Marc Augé in Non-Lieux, Indroduction à une anthropologie de la surmodernité, 1992.



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